Le féminisme d'atmosphère — Quand les particules militantes colonisent nos esprits
Gaëlle Atlan-Akerman · Essai
À quel moment nos mots se mettent-ils à penser à notre place ?
Invisibilisation, charge mentale, oppression… Ces mots circulent dans les médias, au travail et jusque dans nos conversations les plus intimes. Mais choisissons-nous encore ce qu’ils nous font voir ?
Gaëlle Atlan-Akerman examine ce « féminisme d’atmosphère » qui s’installe sans qu’on y adhère consciemment. Elle en suit les relais, les réflexes et les contradictions, et défend une émancipation qui commence par la liberté de juger par soi-même.
- Repérer les récits militants qui façonnent notre lecture du couple, du travail et du corps.
- Comprendre leur diffusion par les réseaux sociaux, les médias et les discours d’experts.
- Retrouver le choix de ses mots et une pensée qui ne se laisse pas dicter ses conclusions.
Le livre
Quand le militantisme devient un climat
Manon a cinquante et un ans. Elle mène une carrière, élève ses enfants et dispose d’une liberté que ses aînées n’ont pas connue. Pourtant, elle se décrit comme entravée. À partir de cette scène ordinaire, Gaëlle Atlan-Akerman remonte le fil des mots, des récits et des réflexes qui composent ce qu’elle appelle le « féminisme d’atmosphère ».
Des réseaux sociaux aux discours d’experts, de la maternité à la ménopause, du couple à l’entreprise, l’essai examine la circulation d’une grille de lecture militante jusque dans l’expérience la plus personnelle. L’auteure interroge le rôle des algorithmes, l’industrialisation de l’intime et la place donnée à la victimisation dans la conversation publique.
En trois mouvements — la fabrique de l’atmosphère, l’emprise, l’oxygène —, elle défend une émancipation qui suppose de reprendre possession de ses mots et de son jugement. Un essai sur le pouvoir des récits, leurs relais et la liberté de leur résister.
Lire un extrait
« On parle enfin de ménopause », me dit Manon, 51 ans, lors d’une soirée festive, au lendemain de la Journée mondiale consacrée à ce « tabou ». Devant ma moue dubitative, elle poursuit : « Il ne faut plus que ce sujet soit invisibilisé et discrimine les femmes. » Les bulles de champagne à peine avalées font le chemin inverse, provoquant une remontée acide. J’ai manifestement ingéré un taux de particules féministes supérieur à ce que mon corps pouvait tolérer. Ce soir-là, ces particules émanent d’une quinqua. Sa silhouette ne ressemble en rien aux femmes du même âge que nous avions connues, elle et moi, lorsque nous étions jeunes. Directrice de communication au sein d’un groupe industriel, sa carrière professionnelle n’a, elle non plus, rien à voir avec celles de nos aînées. Manon est mère de trois enfants, libre pour un nouvel amour. C’est une femme libérée comme celle de Cookie Dingler1, Insta en plus.
Pourtant, elle est convaincue d’être entravée par son corps et cette société qui l’oppresse : « Il faut en parler, insiste-t-elle, pour informer les femmes et pour que cette étape ne soit plus vécue dans la honte. » Des conversations de ce type, vous en avez régulièrement. Vous y participez ou bien les subissez. Au départ, chaque voix est distincte. Mais, peu à peu, le brouhaha ambiant les enveloppe et finit par les diluer. Vous entendez des bribes de mots, sans en saisir pleinement le sens. Ce féminisme d’ambiance ressemble parfois à ces cafés bondés : une cacophonie où les idées s’écrasent les unes sur les autres, sans réelle profondeur.
1. Chanson emblématique des années 1980, Femme libérée, sortie en 1984, contribue à représenter l’émancipation féminine. ↩
Le sommaire
I. La fabrique de l’atmosphère
- Le nouvel air du temps : du féminisme universaliste au tournant intersectionnel
- L’algorithme militant
- L’industrialisation de l’intime
- La rente de la victimisation
- Le parler féministe
II. L’emprise
- La validation par l’autorité
- Le brouillard identitaire
- De la subdivision à l’exclusion
III. L’oxygène
- Entre Lauren Bastide et Élisabeth Badinter : il faut choisir
- Respirer
- S’émanciper
L’auteure
Gaëlle Atlan-Akerman
Gaëlle Atlan-Akerman est journaliste, essayiste, chroniqueuse, réalisatrice et conférencière. Elle a commencé sa carrière auprès de Jean-Pierre Elkabbach sur Public Sénat, avant de travailler pour France Télévisions.
Elle collabore régulièrement avec Marianne et intervient dans le débat public sur les questions de société, de laïcité et de liberté de conscience.
Fiche pratique
- Auteure
- Gaëlle Atlan-Akerman
- Éditeur
- FYP éditions
- Format
- Broché
- Pagination
- 224 pages
- ISBN
- 978-2-36405-278-9
Des mots à soi. Un jugement libre.
Une lecture pour reconnaître l’emprise des récits sur nos vies et retrouver la liberté de leur résister.
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