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Le pouvoir du sport - fypeditions

Le pouvoir du sport

Prix régulier €18.00

. Coupe du monde 2018, Qatar 2022, Pékin 2022, Paris 2024 : du sport sous influences au sport qui influence.

 

Pourquoi faire du sport ? L’accessibilité au sport est-elle la même pour tous ? Quelles influences cette activité a-t-elle sur la société ? Que représente l’économie du sport aujourd’hui ? Peut-on concilier « développement durable » et « équipements sportifs des JO, coupes de monde, etc. » ? Le dopage et la corruption sont-ils inéluctables ? Le monde du sport est-il autonome ou sous l’influence des pouvoirs ?

Les enjeux du sport demeurent largement sous-estimés dans notre pays par la plupart des responsables politiques, des leaders économiques, des médias et des dirigeants sportifs eux-mêmes.

Dans « Le pouvoir du sport», Marie-Cécile Naves et Julian Jappert explorent tous les versants du sport. Ils montrent qu’il est tantôt paré de toutes les vertus, tantôt accusé de tous les maux, considéré comme trivial et secondaire. Il serait un facteur d’intégration et de vivre-ensemble, mais signifierait aussi le règne de l’argent-roi, de la corruption, du dopage. Tout ou rien. Ange ou démon. Comment expliquer ces deux visages antagonistes et incompatibles, et comment dépasser cette situation ?

• Les auteurs passent au crible les « valeurs supposées » du sport, son économie et ses dérives : le bénéfice santé de l’exercice physique, le rôle du sport et du spectacle sportif dans l’organisation sociale, l’émancipation et la cohésion sociale, le sport au travail, la marchandisation des sportifs, les dessous de l’organisation des événements sportifs, le dopage, la corruption, le communautarisme, la place des femmes, l’utilisation du sport comme levier diplomatique, etc.

• Ils décryptent les statuts et les modes de fonctionnement opaques des organisations sportives et leurs relations d’interdépendance (UEFA, FIFA, CIO, etc.). Ils en expliquent les formes juridiques et les financements.

• Ils mettent en évidence, entre autres, comment les grandes manifestations sportives ou les grands clubs, notamment de football, sont devenus un moyen de lobbying et un outil emblématique pour les pays souhaitant se positionner ou confirmer leur rang sur la scène internationale ou régionale. À travers l’organisation de compétitions majeures ou par leur investissement financier massif dans les disciplines sportives les plus populaires — le Qatar (Qatar 2022, PSG, beIN Sports, Open de tennis de Doha, Tour du Qatar), la Chine (JO 2008, Pékin 2022), la Russie (Grand prix de F1, Sotchi 2014, Coupe du monde 2018), Abou Dabi (Grand Prix de F1, Manchester City FC), etc., essayent de se rendre incontournables.

• Marie-Cécile Naves et Julian Jappert démontrent qu’un autre modèle sociétal et économique du sport est possible, et livrent les clés pour en faire un levier d’innovation majeur au service de tous : bien-être et santé, protection environnementale, lutte contre les discriminations, mise en place du RSE dans le champ sportif, etc.

 

 

Marie-Cécile Naves est politologue, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et vice-présidente du think tank européen Sport et Citoyenneté. Elle est l’auteure de Trump, l’onde de choc populiste, FYP éditions, 2016.

Julian Jappert est directeur du think tank européen Sport et Citoyenneté et enseignant en droit du sport. Il a été juriste et lobbyiste auprès du groupe Canal+ et de la Commission européenne (unité sport).


 

Broché : 168 pages
Éditeur : FYP Éditions
Collection : QS

Prix public TTC : 18 euros
Langue : français. 
EAN 13 : 978-2-36405-143-0

 

Sommaire :

Introduction

Le sport, un objet politique

I – Qu’avons-nous fait des « valeurs du sport » ?

1— Les femmes toujours au second plan

2— Réconciliation ou domination « raciale » ?

3— Le dopage : vaincre à tout prix

4— Très chers stades

5— Les sportifs comme marchandise : l’exemple du football

II – Relations internationales : un sport powerà consolider

1— Diplomatie par le sport

2— Diplomatie du sport

3— Une corruption systémique ?

4— Des réformes nécessaires

III – Le sport au service de la société

1— L’activité physique et sportive à des fins de santé

2— L’enjeu écologique

3— Les bénéfices du sport au travail

4— Un vecteur d’émancipation et de cohésion sociale

Conclusion

Le sport, un modèle économique et sociétal à créer

 

Extrait :

Introduction

Le sport, un objet politique

  

Les enjeux dont le sport est porteur sont immenses, mais demeurent sous-estimés dans notre pays par la plupart des responsables politiques, des leaders économiques, des médias et des dirigeants sportifs eux-mêmes. Le sport se voit endosser de nombreux discours et injonctions tout en étant souvent considéré comme trivial et secondaire. Un jour, on le pare de toutes les vertus pour, le lendemain, l’accuser de tous les maux. Tantôt glorifié, tantôt mal-aimé, le sport n’est que rarement appréhendé dans ses atouts multiples et complexes. Par essence, de façon automatique, voire incantatoire, le sport, réduirait les inégalités, canaliserait la violence des hommes et des garçons et serait un facteur d’intégration et de vivre-ensemble harmonieux. Mais à cause de certaines dérives, il serait aussi le règne de l’argent-roi, de la corruption et du dopage. Tout ou rien. Ange ou démon. Comment expliquer ce basculement entre deux visages extrêmes, antagonistes, incompatibles du sport ? Comment dépasser ces promesses de pureté et en même temps contrecarrer ces accusations de mystification ? En acceptant d’aller au-delà des affirmations convenues et obsolètes et de changer en profondeur certaines habitudes mortifères. Si nous ne nous attelons pas à cette tâche, d’autres le feront, animés d’ambitions peu vertueuses. Face à la crise démocratique, il nous faut utiliser des moyens nouveaux et innovants pour recréer un récit commun, une ambition collective pour le sport, dans lesquels les jeunes générations puissent s’engager, quels que soient leur milieu social, leur sexe, leur territoire de vie et leur condition physique.

 

Le 26 février 2016, Gianni Infantino est élu nouveau président de la Fédération internationale de football association (FIFA). Celui qui était jusque-là secrétaire général de l’Union of European Football Association (UEFA) remplace le très décrié Joseph « Sepp » Blatter au poste de grand maître, de grand ordonnateur du football mondial. Le défi est immense, si Infantino veut bien le relever : mettre un terme à la corruption qui ronge la FIFA depuis des décennies, sans désorganiser les compétitions internationales, tout en continuant à faire du football un instrument de développement économique, social et géopolitique.

Les scandales récents de matchs truqués, de dopage organisé et d’enrichissement personnel au sein des grandes organisations sportives internationales symbolisent en effet le dévoiement des « valeurs du sport » tant vantées par tous les dirigeants sportifs, quels qu’ils soient, et trop peu mises en œuvre. Les affaires Armstrong[1], Benzema et les révélations de « football leaks[4] », pour ne citer qu’elles, renforcent l’idée que l’éthique dans le sport doit être une priorité, non seulement pour son fonctionnement même, mais aussi dans le sens où le sportest appelé à jouer un rôle croissant et omniprésent dans la société et dans la vie quotidienne. Afin qu’il soit systématiquement mis au service de l’intérêt général, il faut donc prendre le temps d’analyser sa dimension profondément politique.

N’en déplaise à l’entre-soi du microcosme autoentretenu du mouvement sportif — qui se considère à tort comme étant « naturellement » le seul compétent, le seul légitime —, le champ sportif n’est ni autonome ni coupé des autres sphères sociales. Il cristallise certaines problématiques plus vastes. Les exemples en France et à l’étranger sont nombreux. Le sport pourrait, devrait même être un lieu d’étude, d’innovation, un laboratoire de changements sociétaux s’il était mieux gouverné, s’il était, osons le dire, pris au sérieux. La célèbre formule du sociologue Alain Ehrenberg conserve son utilité : si « le sport est sorti du sport[5] », il est bon d’aller au-delà des mots qui protègent, voire servent d’alibi, mais détournent de l’analyse des pratiques, des remises en question et d’une véritable ambition sportive globale.

En s’ouvrant à d’autres acteurs, à d’autres professionnels, à d’autres regards, la candidature de Paris aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024 a contribué à changer cette perspective. Elle a permis de mettre en lumière les répercussions que l’attribution des Jeux aurait sur le territoire francilien et le pays tout entier, en termes de retombées économiques, dans un souci inséparable de responsabilité écologique, de valorisation de territoires, de cohésion sociale, de confiance dans la jeunesse des quartiers populaires, d’éducation et de rayonnement international. Encore faut-il le vouloir, au-delà des slogans et des storytellings. Ce ne sont pas de vains mots, mais des réalités à portée de main, parce qu’une volonté de changement existe pour rompre avec les dérives du passé et parce que l’adhésion de la population à un tel projet est désormais nécessaire — et il faut s’en réjouir.

Défendre une neutralité du sport par rapport aux défis sociétaux et aux agendas politiques serait un déni, voire une malhonnêteté intellectuelle, donc une erreur grave. En effet, sur bien des sujets de l’agenda politique national, local ou international, le sport est, avec l’activité physique[6], porteur de potentialités immenses pour la collectivité. Dans les assemblées exécutives locales, nationales et européennes, dans les organes dirigeants des fédérations, dans les organisations sportives internationales, dans les lobbies et les groupements professionnels, les lignes politiques ne sont d’ailleurs pas celles des clivages partisans traditionnels, car des intérêts complexes — individuels comme collectifs — s’expriment.

L’idée de voir dans le sport un enjeu politique n’est pas nouvelle. Le premier acteur de la politisation du sport moderne n’était autre que Pierre de Coubertin. Il a certes tout d’abord voulu en faire une sphère autonome, désintéressée, non engagée. La charnière des xixeet xxe siècles voit l’autonomisation de la société par rapport à la religion catholique, d’où ce projet — illusoire à terme — de neutralité, voire de neutralisation du sport. Coubertin pensait que la pratique sportive détournait de l’engagement politique, mais non sans paradoxe. Ouvrir au peuple le sport olympique bourgeois permettait, selon lui, d’éviter la subversion et d’amadouer des foules potentiellement révolutionnaires. Ainsi, le sport était à ses yeux un outil de lutte contre l’influence du communisme au sein de la jeunesse populaire.

De surcroît, bien que pacifiste, Coubertin envisageait le sport comme un moyen de « reviriliser les jeunes Français[7] » face aux Allemands, à l’occasion de la Première Guerre mondiale. « Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent à la guerre : insouciance, belle humeur, accoutumance à l’imprévu, notion exacte de l’effort à faire sans dépenser des forces inutiles[8] », disait-il. En 1914, le façonnement d’un corps masculin « grand et fort » par le sport est vanté par la presse patriotique[9]. Historiquement, le sport a, de fait, longtemps été un outil de l’éducation militaire. Jusqu’à la fin du xixe siècle, il s’agissait de former, par l’apprentissage de certains gestes sportifs, les corps des jeunes hommes issus de l’aristocratie, puis de la bourgeoisie, à l’art de la guerre. Quelques épreuves en ont conservé la trace jusqu’à aujourd’hui. Dans le pentathlon ou le biathlon, il faut tirer à la carabine, et que dire de l’escrime, du tir au pistolet ou même des arts martiaux ?

Le sport moderne s’est également construit en même temps que le capitalisme, dont il partage les principes de dépassement de soi, d’abnégation et de concurrence. La compétition et la performance sont ainsi restées au cœur de la vision dominante du sport. Conjointement, le xxe siècle a été le théâtre d’un développement sans précédent de la plupart des sports dans le monde entier, de leur homogénéisation par la codification de règles unifiées et de la disparition progressive des jeux vernaculaires, réduits à l’état de folklore. Des calendriers de compétitions ont été mis en place ; celles-ci sontde plus en plus nombreuses, orchestrées par une poignée d’Occidentaux et diffusées à un nombre croissant de téléspectateurs sur l’ensemble de la planète. Cette nouvelle histoire, qui obéit à une construction sociale, résulte, selon ses détracteurs, d’une « articulation inédite du temps et de l’espace[10] ». Néanmoins, cette évolution du sport a été concomitante de sa démocratisation : un plus grand nombre de sports sont accessibles à tous, même si les disciplines, comme les manières de pratiquer, restent connotées en termes de classe, d’origine et de genre.

Il importe aujourd’hui d’entrer dans une nouvelle phase encore plus démocratique, autrement dit de miser sur le sport pour soutenir des choix politiques forts, vertueux et progressistes, pour le bénéfice de tous. Santé et bien-être, nouvelles mobilités, solidarité intergénérationnelle, défense des pluralismes culturels, égalité entre les femmes et les hommes et entre les filles et les garçons, lutte contre l’exclusion sociale, accessibilité des équipements, prise en compte des impératifs écologiques, identité européenne et valorisation des territoires, combat contre les discriminations faites aux LGBT sont quelques exemples de terrains politiques, progressistes, du sport. Mais pour être une source d’inspiration des décideurs, il doit être irréprochable dans son fonctionnement. Il est donc impératif que les institutions et les responsables sportifs ainsi que les relais médiatiques fassent preuve d’exemplarité sur tous ces sujets.

Le soft powerdu sport est complexe, multiforme et évolutif. Il ne se limite plus à sa définition première, issue de la géopolitique. Il faut donc passer d’un sport sous influences à un sport qui influence. Secteur d’activité mal connu, mal gouverné, sous-utilisé, le sport est victime de nombreuses dérives et incarne trop peu les vertus derrière lesquelles il s’abrite. Or sa puissance médiatique et l’attrait qu’il exerce, en particulier sur la jeunesse, doivent permettre non seulement d’accentuer son rôle dans la diplomatie, mais aussi dans l’ensemble des politiques publiques nationales et européennes.

[1]. Reconnu coupable de dopage, le septuple vainqueur du Tour de France Lance Armstrong a été déchu de ses titres et radié à vie des compétitions sportives.

[4]. Près de 19 millions de documents ont révélé des mécanismes de dissimulation fiscale à l’œuvre au plus haut niveau du foot mondial, impliquant Jorge Mendes, Cristiano Ronaldo, José Mourinho, Angel Di María, Javier Pastore ou encore Paul Pogba.

[5]. Alain Ehrenberg, Le Culte de la performance, Calmann-Lévy, 1991.

[6]. Le sport est considéré comme un ensemble d’activités corporelles qui obéissent à des règles s’inscrivant dans plusieurs disciplines sportives et pouvant donner lieu à une compétition. Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’activité physique correspond à « toute force exercée par les muscles squelettiques qui entraîne une dépense d’énergie supérieure à celle du repos » et qui « augmente la fréquence cardiaque, donne une sensation de chaleur et provoque un léger essoufflement ».

[7]. Patrick Clastres, « Culture de paix et culture de guerre. Pierre de Coubertin et le Comité international olympique de 1910 à 1920 », Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 251, 2013.

[8]. Pierre de Coubertin, Essais de psychologie sportive, éditions Jérôme Millon, 1992.

[9]. « Voilà des hommes ! Et voilà des modèles qu’il nous faut imiter ! [...] Cette santé est acquise par le sport ; cette santé inépuisable et admirable [...] donne la certitude que l’on sera victorieux, et que l’on résistera plus longtemps que l’ennemi. […] Aujourd’hui ils apportent à leur Patrie et à la cause de la civilisation l’admirable rempart de leur torse puissant et de leurs muscles infatigables et assouplis », commentait le magazine sportif L’Autoen 1914.

[10]. Jean-Marie Brohm, Marc Perelman, Patrick Vassort, « Les héros mythifiés de l’olympisme », Le Monde diplomatique, juin 2004, pp. 26-27.

 

 

 


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